IV. Le Journaliste

Le bâtiment était surréaliste et perdu au milieu de nulle part. Mais cela ne perturba pas le journaliste. Ce n’était pas la première fois que ses enquêtes le menaient dans des endroits bizarres et il n’allait pas se dégonfler pour si peu.
Le scoop qu’il allait décrocher allait le rendre célèbre.
Il avait su découvrir cette organisation qui semblait travailler dans l’ombre de tous sans que personne ne le sache. Il voyait déjà les gros titres partout.

Il avança prudemment dans l’entrée, réfléchissant au motif de sa visite à donner à la sécurité.
L’entrée ressemblait à une simple petite PME comme on peut en trouver partout. La couverture était parfaite, se dit le journaliste, rien ne semblait indiquer ce qu’il pouvait y avoir caché.

Puis, ce fut tout d’abord la première déconvenue. Alors qu’il tenait son discours parfait, à base d’un soupçon de malice et d’une dose de bravoure, face a lui se trouvait deux employés de sécurité en train de dormir a point fermé l’un sur l’autre.
Vu leur carrure, c’était peut-être mieux comme ça. Mais quelque chose clochait.
Il continua d’avancer pour ne découvrir que des corps de gens dormant aux quatre coins.
Une énorme salle de réunion ou la douzaine de participants dormaient soit sur la table ou par terre. La salle de pause était du même acabit, aussi bien que les ascenseurs ou les escaliers.
Aucune âme réveillée ne semblait perturber les ronflements de partout.

Il s’avança vers une secrétaire dont la tête était posée sur son clavier. Sur son écran, absolument rien.
Il trouva des dossiers, mais l’ensemble des pages étaient vierges. Aucune inscription, pas même de titre.
Son scoop semblait s’effacer derrière une grosse farce. Personne n’allait le croire.

Puis soudain quelque chose changea. Alors que tout le monde dormait à poings fermés, il aperçut de l’autre côté du bâtiment deux formes bouger dans les bureaux. Un homme et une femme, il lui semblait.
Il se dépêcha d’essayer d’aller dans leur direction, mais il avait l’air de se déplacer en courant.
Il enjamba les corps dormants. Puis au détour d’une porte, il entendit des voix.

– mais dépêche-toi on va être en retard, dis une voix de femme
– Je veux bien t’y voir, dit un homme. Mais c’est toujours moi qui porte les attirails.
– tu le connais il va encore nous gueuler dessus…
– ouais ouais… il est toujours gnochon le lundi.

Le journaliste entra avec fracas dans la pièce, mais il n’aperçut que deux silhouettes disparaissant à la fermeture d’un ascenseur.
Les numéros défilant indiquaient qu’il avait l’air de monter tout en haut du bâtiment.
Il s’engagea dans les escaliers et fonça tel un taureau, il voulait savoir ce qui se passe ici. Il courut si rapidement qu’il ne vu pas qu’il dépassa l’ascenseur.

Il arriva au dernier étage, avec une sensation de mal-être. Il y avait qu’une porte là-haut et elle était si immense qu’elle pouvait difficilement tenir dans le bâtiment. Pourtant elle était là. Sur sa porte se trouvait un petit écriteau avec juste la mention « BOSS ». Il prit son courage à deux mains et pénétra à l’intérieur.
C’est à ce moment que les deux occupants de l’ascenseur sortirent.

Ils virent la porte se refermer avec quelques secondes plus tard un long hurlement de terreur et de désespoir.

– tu va voir que ça va encore être de notre faute ça, dit l’homme.
– comme d’hab dit la femme.