I. La Femme de Ménage

(Sommaire)

Les poussières essayaient de s’échapper tant bien que mal du balai. Mais les gestes étaient précis, rapides et efficaces. Elles ne pouvaient rien faire pour s’enfuir, car cette femme de ménage était la meilleure. Ou du moins, elle le pensait.
Cependant, cela faisait bien 10 ans qu’elle était reléguée au nettoyage de cet hôpital psychiatrique sans que rien ne change à ses habitudes.

Chaque nuit ressemblait à la précédente et rien ne changeait jamais.
Elle commençait toujours par nettoyer le couloir A. C’était par ce couloir que les gens arrivaient. Il y avait là l’accueil, et comme d’habitude il y avait plein de sachets de m & m’s vides dans la corbeille.
Le régime varié des infirmières se limitait à des paquets de bonbons et autres friandises. Ça aussi, cela ne changeait pas.
Elle passait ensuite dans les différentes salles de diagnostics. Elle se perdait entre les noms des différents outils, mais ce qui comptait c’était de les nettoyer.
Parfois, l’endroit lui paraissait lugubre et elle plaçait des écouteurs dans ses oreilles pour écouter de la musique.
D’ailleurs, son dos était toujours parcouru par des frissons quand elle se trouvait devant l’embranchement du couloir B et C. Elle toisait chaque nuit les profondeurs du couloir C sans y pénétrer.
De l’autre côté de la porte se trouvait le dortoir des patients. Tomber nez à nez avec l’un d’eux était la pire chose qui pourrait lui arriver. C’était pour ça qu’elle laissait le nettoyage de ce dortoir au service de jour. Dès son premier jour à l’hôpital, elle avait entendu l’histoire de la femme qui occupait son poste avant elle. Et elle n’avait absolument pas envie de tomber sur un détraqué.
Elle prit une profonde inspiration et emprunta le couloir B qui allait l’emmener à l’étage, là où se trouvait une autre partie des bureaux des médecins. C’était beaucoup plus sûr de ce côté-là.

En fait, elle avait une routine bien réglée. Rien ne variait à ses habitudes.
C’est peut-être pour ça que ce soir là, elle crut avoir une crise cardiaque. Car cette nuit-là, quelque chose avait changé.

Elle avait presque fini de faire le tour des salles. Menée par la musique, elle avançait chassant les dernières traces de poussières. Elle dansait même sur ses pas tournant avec son balai sur le rythme de la chanson Thriller de Mickael Jackson.
Et c’est suite à une entrée avec un Moonwalk endiablé, qu’elle se pétrifia complètement. Elle n’était pas seule. Il y avait quelqu’un dans le bureau.

L’homme était assis dans le noir, sans bouger. Une volute de fumée s’échappait de sa bouche. La faible lueur de la batterie de sa cigarette électronique n’éclairait même pas assez sa main.
Son geste était froid et mécanique comme s’il était perdu dans une profonde pensée.
Il était débraillé et ses cheveux complètement décoiffés. Encore un fou qui s’était échappé, et cette fois, ça allaient être son tour se dit-elle.
Elle toisait la pièce du regard, s’attendant à trouver le corps du médecin qui s’occupait de cet homme.
C’est au moment où elle tenta de reculer que l’homme prit conscience qu’il n’était pas seul.

Elle ferma les yeux et lâcha son balai, prête à subir l’attaque du fou. Au lieu de ça, elle entendit une voix simple dire quelques mots :

– Oh pardon, je n’avais pas vu l’heure…

Elle ouvrit les yeux au moment où l’homme alluma la lumière du bureau. Soudainement, il avait une autre apparence. Du fou complètement débraillé, elle avait en face d’elle un médecin à l’allure très fatiguée.
L’homme semblait désespéré et perdu. Il se rassit sur son divan, et fit mime à la femme d’approcher.

– tout va bien docteur, dit-elle ?
– je ne sais pas trop… la journée a été longue. Quelle heure est-il ?

L’homme avait une montre à son poignet, mais semblait l’avoir oublié. Alors la femme de ménage lui répondit après une petite hésitation :

– il est environ une heure du matin, monsieur.

Il s’allongea sur son divan et commença à regarder le plafond.

– il va falloir rentrer chez vous, monsieur. Votre famille doit vous attendre.

Il prit une profonde inspiration et commença à parler sans avoir l’air de vouloir partir.

– Comment aurais-je pu deviner qu’il avait raison ? Non, c’était juste un patient comme un autre. Après tout ça, je ne me vois pas rentrer chez moi. Non, ce n’est pas possible. Pas après tout ce que je sais…

La femme de ménage fit mime de s’éclipser, pour le laisser tranquille, mais brutalement avec un air fou, le médecin la rattrapa par le bras.
Il la fait s’asseoir de force sur le fauteuil à côté du divan.

– non, vous ne partez pas !
– mais docteur…

Il attrapa un calepin et un stylo et le mit dans ses mains.

– Vous prenez ce calepin et vous gribouillez dedans si vous voulez, mais vous m’écoutez !

Elle hocha la tête de peur de le mettre à nouveau en colère.

– bien, maintenant vous dîtes : racontez-moi comment cela à commencé !
– Mais docteur
– Attention ! c’est vous le patient ou c’est moi ??

La femme déglutit et commença à se demander si c’était vraiment un médecin après tout. Mais elle tenta de ne pas le mettre à nouveau en colère et obéi.

– heu… bien, racontez-moi comment cela a commencé.

Toute sa colère disparut en un instant et il commença à parler.

– Je crois que c’est quand il est entré dans mon bureau pour la première fois.

KaL

Chapitre II : Le psychiatre