II. Le psychiatre

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L’homme avait été ramené par la police dans l’après-midi. Il avait été retrouvé nu, errant dans la capitale, courant comme un dératé.

Il portait les vêtements de l’hôpital et il n’avait pas l’air normal. Pourtant c’était un homme bien rasé et la coupe de cheveux bien entretenue.
Ses mains avaient des ongles propres et bien coupés.

Non définitivement, avant de perdre la raison, cet homme devait avoir une position importante.

– pouvez-vous me donner votre nom ? demanda le médecin.

L’homme leva la tête et fixa le médecin

– est-ce que vous comprenez ce que je vous demande ? Parlez-vous notre langue ?

L’homme se prit les mains contre le visage et répondit

– À quoi cela va vous avancer docteur ? Cela n’a plus aucune importance…

Le docteur fut surpris par la réponse. Non pas parce que l’homme lui avait répondu, mais de la façon dont il l’avait fait. La voix était lente et passive. Mais cela ne ressemblait pas à la réponse d’un homme qui court comme un fou dans la rue. Il s’était attendu à tout sauf à ça.

– Pourquoi cela n’aurait pas d’importance ? J’aime bien savoir le nom des gens à qui je parle.
– Il y a des noms plus importants à dire… plus important que le mien.
– quels sont ces noms ?
– Je… je n’arrive pas à les prononcer, mais je sais qu’ils sont là, sur le bout de ma langue, au fond de mon esprit.

Le médecin gribouilla quelques dessins sur son carnet pour s’aider à réfléchir, il le faisait tout le temps et ne prenait jamais vraiment de note.

– Si vous ne pouvez pas le dire, dites-moi au moins qui vous êtes.

L’homme le regarda quelques instants.

– Vous êtes là, à me regarder, assis sur votre fauteuil, cherchant à savoir mon nom, et ce que je suis. Cela devrait être à cent lieues de ce que vous feriez mieux de faire. Il y a tant de choses autour de nous qui ne sont que mensonge et tromperie. Des choses fausses que nous croyons acquises pour vérité. C’est comme vous et votre calepin. Vous êtes en train de dessiner plutôt que de prendre des notes.

Le médecin s’arrêta net.

– Mais non je…
– Ne vous inquiétez pas docteur. Je le sais très bien que vous le faites pour réfléchir. C’est comme ça que vous fonctionnez. Mais comme vous le voyez, je ne m’arrête pas aux détails, je sais où regarder et quoi chercher. C’est pour ça que je suis ici, j’en ai trop vu. J’en sais trop…
– Vous en savez trop ? vous pensez que quelqu’un vous poursuit ?
– Non-docteur, je ne souffre pas de paranoïa. C’est trop tard pour me poursuivre. Ils n’en ont pas besoin. J’en sais trop pour garder la raison.
– votre raison ?
– Plus je repense à tout ça, plus je sais qu’elle me quitte. Personne ne peut résister à ça. Pas même moi, ni même vous docteur…
– Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis capable de tout entendre. Allez-y expliquez moi ce qui vous arrive.

L’homme regarda le docteur avec une profonde tristesse. Mais ce n’était pas une tristesse pour lui même. Non, l’homme était en train de ressentir une tristesse amère pour ce psychiatre qui essayait de l’aider. Dans son regard, le docteur décela même de la colère. La colère de savoir que l’on va faire une chose horrible.

– D’accord Docteur, mais je serais votre dernier patient. Car vous allez devenir comme moi. Mais malgré ça, j’ai besoin de raconter avant de sombrer.

Le dos du docteur frissonna de terreur quand il commença à écouter les paroles de l’homme.

Chapitre III : Le Détective Privé